Abstract – News among Carabidae of the Alps of Savoy.
Patrobus assimilis Chaudoir, 1844 is cited for the first time in France after the discovery of male in a peat-bog at high altitude. A new locality for the very rare Chlaenius sulcicollis (Paykull, 1798) was found near the largest known population for the country.
Introduction
Un travail pluri-annuel d’inventaire des coléoptères a été engagé avec le Conservatoire des Espaces Naturels de Savoie. L’objectif est de mieux connaître et gérer les espaces dont le CEN 73 est chargé. Comme souvent avec des études poussées, les résultats obtenus débordent le cadre local comme cela est le cas des espèces présentées ici.
Présentation des données nouvelles
Patrobus assimilis Chaudoir, 1844
Dans le paléarctique, le genre Patrobus compte 5 espèces asiatiques plus 6 européennes (Löbl & Smetana 2003). P. quadricollis L. Miller, 1868 est cité de Pologne, Roumanie et Ukraine, P. roubali Mařan, 1933 de Roumanie, P. styriacus Chaudoir, 1871 occupe les montagnes de l’Est européen. Les trois autres espèces ont une distribution de type boréo-alpine : P. assimilis Chaudoir, 1844, P. atrorufus (Strøm, 1768) et P. septentrionis Dejean, 1828 ( = ? australis J.R. Sahlberg, 1875).
En France, P. atrorufus est relativement rare mais régulièrement cité du nord du pays et des montagnes du Jura et du Massif Central (Tronquet coord. 2014). P. septentrionis est anciennement indiqué, par deux fois, des Savoies, présences demandant confirmations (Coulon et al. 2000). Il vient néanmoins d’être confirmé en Suisse (Chittaro & Marggi 2016) ce qui rend plus crédible sa présence dans les Alpes du nord Françaises.
Un mâle de P. assimilis a été découvert, en 2017, au moyen d’un piège Barber installé pour un inventaire des araignées de la Réserve Naturelle de la tourbière des Saisies. Cette découverte constitue une nouveauté pour la faune de France. P. assimilis a une distribution boréo-alpine. Il est largement présent en Irlande, Angleterre, et de la Norvège à la Sibérie (Lindroth & Bangsholt 1985, National Museums Northern Ireland 2006). En revanche, plus au sud de l’Europe, l‘espèce est très sporadique et n’était connue que des Alpes de l’est, notamment du Tyrol Autrichien, des Alpes du nord italiennes et de la Slovaquie (GBIF 2018), ainsi que de quelques tourbières du nord de l’Allemagne où P. assimilis est considéré comme menacé du fait de la raréfaction et la fragmentation de son habitat (Müller-Motzfeld & Schmidt 2008). Les recherches effectuées suite à notre découverte, dans quelques collections Suisses, n’ont pas permis de détecter d’erreurs en faveur de P. assimilis pour ce pays (Y. Chittaro & W. Marggi com. pers. 04/2018).
Ce carabe est un prédateur qui fréquente, dans le sud de son aire de distribution, les tourbières froides, avec une préférence pour les zones dénudées et caillouteuses (bords de ruisseaux). Il est très souvent associé au genre Trechus et dans notre contexte, Trechus rubens (Fabricius, 1792).
Du point de vue morphologique le genre est assez homogène. Il n’est donc pas exclu qu’il puisse exister quelques identifications erronées qui expliqueraient une part de la rareté imputée au genre. Le travail de Kühnelt (1940) associé à la récente faune de France (Coulon et al. 2011), la faune d’Europe du nord (Lindroth & Bangsholt 1985) et la synthèse de A. Lompe (2013), permettent toutefois de s’y retrouver. L’examen des édéages est d’une grande aide, les éléments importants étant l‘apex et les pièces sclérifiées du sac interne (nombre et formes : voir figure ci-dessous). Il est possible de proposer la clé d’identification suivante pour les Patrobus de France :
1. Articles antennaires 1 et 3 de longueurs égales. Apex des paramères non bordé d’une membrane couverte de soies longues.
Pronotum moins transverse (l/L < 1,3). Sillons frontaux strictement parallèles au bord du front, les reliefs ainsi délimités rectangulaires. Base du pronotum non strictement rectiligne mais légèrement coupée en biseau latéralement. Brachyptère.
Sac interne avec une pièce unique de grande taille occupant les 2/3 du volume du pénis, de forme globale rectangulaire avec l’apex en crochet. Apex du pénis en triangle dissymétrique arrondi, nettement limité en biseau vers l’arrière… Patrobus assimilis Chaudoir, 1844.
.- Article antennaire 3 nettement plus long que le 1er. Apex des paramères longuement bordé par une membrane couverte de soies longues… 2.
2. Pronotum moins transverse (l/L < 1,3), à base large non strictement rectiligne. Sillons frontaux s’éloignant du bord du front, les reliefs élargis en avant et non rectangulaires. Généralement aptère.
Édéage à apex parallèle puis arrondi, terminé par un bourrelet apical, le sac interne avec deux pièces…. Patrobus atrorufus (Strøm, 1768).
.- Pronotum plus transverse (l/L > 1,3). Sillons frontaux s’éloignant du bord du front, les reliefs élargis en avant et non rectangulaires. Base du pronotum strictement rectiligne. Ailé.
Sac interne avec 3 pièces de petites tailles. Apex du pénis en triangle isocèle court, peu nettement limité en arrière… Patrobus septentrionis Dejean, 1828.
Le taxon P. australis J.R. Sahlberg, 1875 se distingue par l’avant dernier des palpes plus long et plus étroit (voir figure 126 ci-dessous), et les tempes égales à la moitié des yeux (contre le quart chez septentrionis).



Chlaenius sulcicollis (Paykull, 1798)
Cette belle espèce facile à reconnaître est une très grande rareté de la faune de France. Elle fréquente les grands marais disposant de prairies humides en très bon état de conservation et se voit donc très sérieusement menacée de disparition à grande échelle, comme l’est son habitat. Les données disponibles sont anciennes : en Loire-Atlantique (RN de Grand-Lieu), dans l’Aude (étang de Vendres), Camargue, Doubs (étang de Frasne) (Coulon et al. 2011), excepté la RN du marais de Lavours où la présence d’une grande population de C. sulcicollis est attestée (Coulon et al. 2000 et com. pers. 04/2018).
C’est à quelques kilomètres de cette station que nous avons pu trouver une localité nouvelle pour ce carabe, sur la commune de Saint-Jean-de-Chevelu (Savoie). Un unique individu a été pris entre le 26/05 et le 09/06/2017, dans un piège barber (20% de propylène glycol et sel), placé à l’occasion d’un inventaire des arthropodes (araignées et coléoptères), dans cette commune. Les populations de Lavours et de Saint-Jean-de-Chevelu pourraient bien être issues d’une même populations ancestrale séparée à la fin du dernier âge glaciaire. Dans cette optique, des populations intermédiaires géographiquement sont plausibles et seraient à rechercher.
Remerciements
Il nous est agréable de remercier André Miquet (CEN 73) et Alice Michaud qui ont eut une bonne inspiration dans le placement de leurs pièges. Jacques Coulon pour avoir validé les déterminations.
Dodelin B. 19/04/2018
Références
Chittaro Y, Marggi W (2016) Bilan d’une année de recherches ciblées de Carabiques en Suisse: découverte de Notiophilus quadripunctatus Dejean, 1826 et autres captures remarquables (Coleoptera, Carabidae). Entomologische Blätter und Coleoptera 112: 107–120.
Coulon J, Marchal P, Pupier R, Richoux P, Allemand R, Genest LC, Clary J (2000) Coléoptères de Rhône-Alpes, Carabiques et Cicindèles. Muséum d’Histoire naturelle de Lyon & Société linnéenne de Lyon, 193 pp.
Coulon J, Pupier R, Quéinnec E, Ollivier E, Richoux P (2011) Faune n° 94 & 95 – Coléoptères Carabiques. Compléments aux 2 volumes de René Jeannel. Mise à jour, corrections et répertoire. Volumes 1 & 2. Fédération Française des Sociétés de Sciences Naturelles, Paris, 1–371 & 372–704 pp.
Müller-Motzfeld G, Schmidt J (2008) Rote Liste der gefährdeten Laufkäfer Mecklenburg-Vorpommerns. Ministerium für Landwirtschaft, Umwelt und Verbraucherschutz Mecklenburg-Vorpommern, 34 pp.
Kühnelt W (1940) Revision der Laufkäfergattungen Patrobus und Diplous. Annalen des Naturhistorischen Museums in Wien Serie B Botanik und Zoologie 51: 151–192.
Lindroth CH, Bangsholt F (1985) The Carabidae – Coleoptera – of Fennoscandia and Denmark part 1. Brill, Copenhagen, 225 pp.
Löbl I, Smetana A eds. (2003) Catalogue of Palaearctic Coleoptera. Volume 1. Archostemata – Myxophaga – Adephaga. Apollo Books. Stenstrup, 819 pp.